Ed: 07/11/2017

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Pour enrichir la mémoire du passé, nous recherchons des témoignages ou des documents  sur la Résistance en Ille-et-Vilainewrite5.gif (312 octets)

 

Quentin BOCHEREL Résistant

         Pendant la Seconde Guerre mondiale, Monsieur Quentin BOCHEREL est artisan boucher à Langon, petite commune au sud de l’Ille-et-Vilaine. Pendant l’Occupation, c’est un métier difficile car les Français et les Allemands veulent du ravitaillement.  

         Dès 1942, Monsieur Bocherel refuse de livrer quoi que ce soit aux troupes d’occupation et, en bravant les lois de Vichy, il s’efforce d’assurer à ses compatriotes une ration raisonnable de viande.

         Dès cette époque, il est tacitement d’accord avec les patriotes de la région pour entretenir, dans cette petite commune rurale, une atmosphère d’opposition et de redressement qui sera appelée plus tard « la Résistance ».  

         En 1943, Monsieur Bocherel se lance ouvertement dans l’action. Au point de vue commercial, il a une règle : rien pour les Boches, rien pour le marché noir, tout ce qu’il peut pour le ravitaillement familial. Les sanctions vichyssoises ne tardent pas à se faire appliquer et sa boucherie est fermée d’office pendant cinq mois.         

Il continue malgré tout ses actions de résistance en prenant chez lui des employés recherchés par la Gestapo, en particulier Pierre dit « Le Rouquin » dont le père est artisan boucher à La Baule. Il en héberge d’autres chez lui,  pendant quelques jours, avant de les diriger vers des fermes où ils peuvent se cacher pour ne pas partir au STO (Service du Travail Obligatoire). Il procure à ces réfractaires de fausses cartes d’identité, des cartes de travail et des subsides en vivres et en argent dont ils ont besoin.  

         En juin 1943, il prend sous sa responsabilité deux aviateurs américains tombés lors du premier bombardement sur Lorient et refoulés de Guéméné-Penfao car la Gestapo les recherche. Il les conduit dans une maison où ils trouvent nourriture et logement. Mais leur nationalité est découverte et on les repousse… Monsieur Bocherel les cache alors dans la cabane de pêche de Marcel Leblanc, directeur de l’école publique de garçons de Redon. Ils y restent pendant huit jours et le boucher leur assure leur subsistance. Le jeudi suivant, il les amène à la gare de Langon, les fait monter dans un train où ils retrouvent, comme prévu Marcel Leblanc qui les conduit en lieu sûr.  

         Vers le 15 septembre 1943, lors du premier bombardement de Nantes, de nombreux aviateurs américains sautent en parachute dans le quadrilatère Langon, Grand-Fougeray, Bain-de-Bretagne et Messac. Les Boches, nombreux et équipés, en capturent deux qui ont été dénoncés. Mais les Français en sauvent vingt-huit. Quentin Bocherel agit dans son coin et il cache trois parachutistes américains dans la cabane de pêche de Marcel Leblanc où ils sont en sécurité. L’un d’eux, Samuel N. Blatchford, a été blessé au pied par un éclat d’obus. Situation difficile au milieu d’ennemis déçus, furieux et en haleine. Quentin Bocherel pourvoit à tous leurs besoins (nourriture, boissons chaudes, médecins, médicaments…) et, le 21 septembre, les Américains sont amenés à Redon, d’où ils sont dirigés vers un centre de rapatriement. Tous ces frais sont assumés par Monsieur Bocherel.  

         En 1944, son action résistante s’intensifie et devient nettement liée aux FTPF (Francs Tireurs et Partisans Français). Sa maison est le lieu de rendez-vous des Résistants de la région. On y mange, on y boit, on y séjourne gratuitement. Quentin Bocherel assume tous les frais. Il n’en retire aucun bénéfice matériel, son patriotisme est son seul guide.  

         Mais la Gestapo et ses auxiliaires veillent et Quentin Bocherel est obligé de prendre le maquis pour continuer la lutte. Sa femme et ses enfants se cachent. Sa maison est abandonnée et fermée. Dures conséquences pour le commerce.  

         Août 1944, la Libération arrive, il peut reprendre son commerce dans la légalité… Malheureusement, ceux qui craignent des représailles pour leur attitude pendant l’Occupation deviennent arrogants ; ceux qui étaient heureux de vendre leurs porcs et leurs veaux au-dessus du prix normal oublient cela très vite… La boucherie de Monsieur Bocherel périclite. Alors qu’il avait autrefois 1 200 clients, il en compte environ 200 après la guerre…  

         Heureusement, Marcel Leblanc, délégué au Comité départemental de Libération pour l’arrondissement de Redon témoigne et rétablit la vérité. Il démontre que Quentin Bocherel a été un véritable Résistant.  

                                                        Renée Thouanel-Drouillas 

 

Sources : ADIV : Fonds Pétri. Dossier 167J31/1.  

Attestation de Marcel Leblanc, Directeur de l’école publique de garçons de Redon et Délégué au Comité Départemental de Libération pour l’arrondissement de Redon.

 

 07/11/2017