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René EVEN
 Résistant déporté. 

 

Né le 3 mai 1922 à Rennes, René Even a 18 ans en 1940, quand les Allemands envahissent Rennes et la Bretagne. Il travaille alors à l’Arsenal. Laissons-le raconter son entrée en résistance :

«  Avant mon arrestation, j’étais tourneur sur métaux à l’Atelier de construction de Rennes, l’Arsenal. Mon apprentissage s’est terminé au tout début de la guerre. Après, nous étions jeunes ouvriers avec les compagnons de l’atelier.

C’est comme cela que j’ai été recruté dans la Résistance par des camarades plus âgés que moi. L’un d’entre eux était délégué syndical. Il avait fait une collecte dans l’usine pour des syndicalistes qui avaient été arrêtés et maintenus en prison. J’ai participé à cette collecte. Puis il m’a donné des tracts à distribuer à mes copains. Puis il m’a présenté à celui qui était responsable des jeunes…

Il me mit en relation avec trois jeunes : Louis Coquillet qui, plus tard, sera fusillé au Mont Valérien à Paris, un nommé Barbier qui travaillait aux Chemins de Fer et a été arrêté six mois après et un jeune étudiant dont je n’ai pas su le nom. J’ai appris alors que c’était le Comité de section des Jeunesses communistes de Rennes. Ils m’ont demandé de recruter d’autres jeunes à l’Arsenal.

J’étais responsable du groupe de l’Arsenal et j’étais en liaison avec Louis Coquillet. Le groupe était théoriquement cloisonné en groupes de trois : un était le  responsable politique, un autre s’occupait du matériel et le troisième de l’organisation. Le but était, qu’en cas d’arrestation, il n’y en ait que trois à tomber. Nous étions alors au mois d’août 1941.

Nos actions consistaient à recruter, distribuer et afficher. Il n’y avait pas de tags à l’époque mais nous faisions des inscriptions sur les murs ou sur le sol avec du coaltar (genre de goudron) que des ouvriers de l’usine à gaz qui étaient dans le coup, nous donnaient. On écrivait par exemple : « Les Français fusillés par l’ennemi crient vengeance ». Je me souviens avoir fait une opération avec un copain de mon groupe, Joseph Boussin, qui sera fusillé le 30 décembre 1942 à La Maltière.

Joseph Boussin travaillait à l’Arsenal mais à la fulminaterie de la Courrouze. C’était très dangereux car il manipulait de la poudre et des explosifs. Il a pu prendre des charges explosives plates et nous avions récupéré du cordon bigfort (mèche lente). On voulait faire sauter la permanence du RNP (Rassemblement National Populaire) qui était au 1 quai Lamennais à Rennes. Nous étions aussi avec Maurice Fourrier qui a aussi été fusillé à La Maltière. Nous avons tout bien préparé, allumé la mèche et nous sommes partis. Normalement, elle se consume à raison d’un mètre par minute. Nous avons écouté plus loin mais nous n’avons rien entendu. La mèche avait dû s’éteindre.

Le 30 avril 1942, deux jeunes Résistants, André et Raymond Rouault (deux cousins) ont été arrêtés. André a réussi à se sauver, il est parti à Nantes et là, il a repris la lutte. Il sera fusillé à Nantes. Mais Raymond n’a pas pu s’échapper, il a été torturé pendant deux jours et il a dû parler. Quelques jours après, il mourra à l’hôpital, soi-disant d’un problème pulmonaire…

A la suite de ça, plusieurs arrestations ont eu lieu. Jean Rolland a été arrêté le premier, mais je me disais : « Il ne va pas parler… ». Le 2 mars 1942, à 15 heures, L’inspecteur Morellon, accompagné d’un autre policier, vient à l’Arsenal et ils m’arrêtent. Ils m’emmènent à la préfecture et ils commencent à m’interroger mais je niais tout et je disais que je ne connaissais pas les autres. Il y avait Jean Rolland, Rémy Lebrun et Jean Courcier.

Le lendemain, ils nous ont emmenés à la prison militaire, rue Saint-Hélier. Nous n’avions toujours à faire qu’avec des policiers français. Nous n’avions pas encore vu d’Allemands. Nous avons été jugés et j’ai écopé de 5 ans de prison.

J’ai commencé à purger ma peine à la prison de Laval. J’y suis resté jusqu’au 11 janvier 1943. Puis nous avons été envoyés à Fontevraud, une prison centrale dans l’ancienne abbaye. Là, nous devions fabriquer des chaises.

Je suis resté là jusqu’au 16 septembre 1943, date à laquelle ils m’ont envoyé à Blois. Jusque là, je n’avais pas vu d’Allemands…

Le 18 février 1944, j’ai été envoyé à Compiègne et le 23 mars, j’ai été embarqué dans des wagons à bestiaux vers l’Allemagne. Le 25 mars j’arrivai au camp de Mauthausen.

Un jour, en mai 1944, j’ai été affecté dans un commando à Passau 2. C’était une usine où on fabriquait des roues dentées et des pignons. On travaillait 60 heures par semaine mais on essayait de saboter le travail de diverses façons.

Nous avions quelques nouvelles de la guerre et de l’avancée des Alliés. Nous savions que la libération était proche. Un dimanche de mai ou juin 1945, nous avons été embarqués dans des camions français. Quelques jours plus tard, nous avons été embarqués dans des avions et nous avons atterri à Lyon. Puis le 7 ou 8 juin 1945, nous sommes partis par le train à Paris. Nous sommes passés par l’Hôtel Lutétia où nous avons été interrogés pour établir des papiers.

En fin de journée, à Montparnasse, j’ai pris le dernier train pour Rennes et j’ai retrouvé mon frère puis ma famille.

Dès le lendemain, je me suis présenté à l’Arsenal mais le médecin m’a arrêté pendant plusieurs mois, le temps de me refaire une santé. Puis j’ai repris mon travail. »

  

                            Jacqueline Gicquel et Renée Thouanel-Drouillas.

 

Source : d’après un enregistrement de René Even fait par Jacqueline Gicquel.  

 

03/11/2017