Ed: 06/11/2017

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Lisette  HEINIC

1920 - 2016

Pour enrichir la mémoire du passé, nous recherchons des témoignages ou des documents  sur la Résistance en Ille-et-Vilainewrite5.gif (312 octets)

 

           

 Louise HEINIC née SORNAS, plus connue sous le nom de « Lisette », est née le 5 décembre 1920 à Paris.

Engagée très tôt dans un groupe de jeunesse communiste à Paris, elle participe, dès 1941, à des actions de Résistance. Elle distribue des tracts, colle des affiches…

 Comme son métier est sténodactylo, elle tape des rapports sur des stencils, transmet  ces stencils à un correspondant qui les emporte chez une troisième personne qui a le matériel pour imprimer sur des ronéos ou d’autres machines plus  perfectionnées. Evidemment, tout cela se passe le plus discrètement possible, puisque ce sont des tracts ou des rapports  hostiles aux occupants allemands et au régime de Pétain. Si elle ou la personne qui fait le déplacement étaient prises, elles risqueraient de parler et toute une filière pourrait être démantelée.

Tout se passe bien jusqu’en février 1944 où elle est arrêtée par un membre de la Brigade Spéciale de Paris, chargée d’arrêter les « terroristes », puisque c’est ainsi que les autorités appellent les personnes qui luttent pour que la France soit libre.

Elle est emmenée au Palais de Justice de Paris, puis à la prison de la Petite Roquette où elle reste plusieurs mois. Puis, avec des camarades, sans être jugées, elles sont transférées au fort de Romainville avant de rejoindre la gare de l’Est où on les fait monter dans des trains en direction de l’Allemagne

 Après un long et pénible voyage, elles arrivent au camp de déportation de Ravensbrück. Lisette reçoit le matricule 52598,  puis peu de temps après, elle est envoyée au camp de  Holleishen en Tchécoslovaquie  pour travailler dans des ateliers d’armements.

Printemps 1945, la fin de la guerre approche, elle est libérée  par les Américains. De retour en France, elle passe par l’hôtel Lutétia où tous les déportés qui arrivent à Paris doivent passer pour des vérifications d’identités.

Elle rejoint sa famille avec un grand soulagement. Après quelques mois pour récupérer, elle retrouve du travail à la CGT- PTT.

Très vite, elle adhère à la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés et Internés, Résistants et Patriotes) qui vient de se créer pour réunir tous les Déportés et les aider à défendre leurs droits et faire connaître ce que fut l’horreur des camps nazis. Elle en restera adhérente jusqu’à la fin de sa vie.

Elle se marie et a un fils mais, comme beaucoup de déportés, elle ne raconte rien car les gens ne veulent pas l’entendre. Les Français sont libérés depuis un an, ils veulent reconstruire leur vie en pensant à autre chose qu’aux horreurs de la guerre. Ils ne peuvent pas croire ce que racontent les rescapés des camps, c’est tellement horrible !

Arrivée à Saint-Malo en novembre 2000, elle s’investit dans les associations d’anciens Résistants et Déportés et là, les responsables lui demandent de témoigner devant des élèves de ce qu’elle a vécu.

Au début, elle est effrayée car elle ne l’a jamais fait et ce n’est pas facile de parler devant des classes entières et de raconter ce cauchemar.  Elle se laisse convaincre et c’est le début de nombreuses rencontres avec des élèves des lycées et des collèges de la région nord de l’Ille-et-Vilaine.

Elle va dans 3 à 5 établissements et témoigne devant 200 à 400 élèves chaque année. La première fois, elle fait des cauchemars avant et après son intervention, mais cela la soulage, nous dit-elle. Elle n’avait jamais parlé et tout d’un coup, c’était comme un poids qui s’en allait. Petit à petit, les cauchemars s’atténuent puis disparaissent et elle tient à ces rencontres. Les élèves sont très attentifs, très émus et posent de nombreuses questions auxquelles elle répond sans aucun tabou. Quand elle retourne dans un établissement, elle est attendue et reconnue et cela la rend heureuse.

Jusqu’à sa dernière intervention, son caractère bien trempé et ses fortes convictions l’animent. C’est sans doute cela qui lui a permis de résister à l’abomination des camps de concentration, d’en revenir et de vivre jusqu’à 96 ans

Jacqueline Gicquel et Renée Thouanel

  06/11/2017