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 Déposition d'Anne MACÉ du 9 octobre 1945 sur l'arrestation de Maurice PRESTAUT

9 octobre 1945. Déposition d’Anne Macé, 35 ans, 83 avenue du Mail, Rennes.

 Depuis 1943 j’appartenais au mouvement «Défense de la France». J’étais en relation avec le chef régional Maurice Prestaut, dit «Le Braz», «Patro» ou «Laforgue». Je connaissais la demoiselle Coupa depuis le mois de janvier 1944. Après les vacances de Pâques elle est venue habiter chez moi. Sur sa demande je ‘lai fait entrer à «Défense de la France». Nous savions que nous étions surveillés depuis un certain temps, car presque chaque semaine une arrestation de produisait dans notre groupe.

Le 9 mai 1945, vers 18 h ou 18h30, Maurice Prestaut s’était rendu dans une maison de la rue de Châteaudun chez les époux Ladoumègue dont le domicile servait de boîte aux lettres pour la Résistance. Or la Gestapo avait arrêté la veille les époux Ladoumègue et avait tendu une souricière dans leur appartement. Prestaut a été arrêté, il s’est défendu et a tué d’un coup de revolver un des membres de la Gestapo et a blessé l’autre à l’épaule en lui enlevant deux doigts de la main gauche. Les trois membres de la Gestapo qui ont procédé à cette arrestation étaient en réalité trois Français de la milice Perrot en uniformes allemands. Ceci m’a été raconté par la suite par Maurice Prestaut.  

Le 10 mai à 1 h du matin, un groupe d’Allemands en civils et en uniformes s’est présenté à mon domicile et ils ont demandé la demoiselle Coupa, ils ont arrêté celle-ci et m’ont arrêtée également, me prenant pour la secrétaire particulière de Prestaut, la demoiselle Motty, dite «Françoise». (Françoise Mottais)

Parmi ces Allemands, se trouvaient deux Français en civil que je ne peux identifier. Nous avons été envoyées à la Gestapo, cité des étudiantes. Nous avons été mises dans une salle au rez-de-chaussée où se trouvait déjà Prestaut, celui-ci avait déjà été affreusement torturé et ne pouvait tenir debout. Il nous apprit que lors de son arrestation tout son courrier et les documents importants avaient été saisis. Au cours de l’après-midi, pendant un interrogatoire, nous avons vu Prestaut dans un état effrayant avec du sang partout, il pouvait à peine tenir debout. A un moment donné, alors que Prestaut tourné vers le mur réajustait ses vêtements, les menottes aux mains, un milicien en uniforme allemand est entré, en passant derrière Prestaut, il a regardé ce que celui-ci faisait et l’a poussé brutalement contre le mur, de telle façon que la tête de Prestaut a heurté violemment le mur et il est resté à demi-assommé. En sortant de l’interrogatoire, ce milicien  dans le couloir a parlé en excellent français à la demoiselle Coupa en lui demandant si elle était de Loctudy. Sur sa réponse affirmative il a ajouté «Je connais bien ce pays là, j’en suis». La demoiselle Coupa lui a reproché de faire un tel métier. Il a répondu: «Chacun sert son pays comme il l’entend. » Il s’agissait d’un individu grand avec une figure de rouquin. Au cours de l’interrogatoire de Prestaut, alors que nous étions présentes, le chef de la Gestapo a dit à celui-ci: «Nous allons t’abandonner aux SS français» (milice Perrot). J’ai su après que Prestaut avait été torturé pendant plusieurs jours par les miliciens Perrot. Prestaut a été fusillé par les Allemands à la caserne du Colombier le 8 juin 1944. J’ai été déportée en Allemagne ainsi que la demoiselle Coupa, qui est morte le 10 mai 1945, alors qu’elle était en voie de rapatriement. J’ai été rapatriée d’Allemagne le 25 mai 1945.

Après la déposition, est introduit Corentin Faou, alias «Mikaël» puis «Gonidec» au Bezen Perrot, pour une confrontation. Né à Plobannalec, Faou a été boulanger à Loctudy. Considéré comme une brute par ses camarades, il a déserté à Paris lors de la fuite du Bezen. Anne Macé: «Je reconnais formellement l’inculpé ici présent comme étant l’homme que j’ai vu dans les locaux de la Gestapo à Rennes, le jour de mon arrestation, c’est lui qui a parlé de Loctudy à la demoiselle Coupa et c’est lui qui a frappé Prestaut.» Faou nie avoir frappé Prestaut, qu’il n’a jamais vu, pas plus qu’il n’a jamais parlé à la demoiselle Coupa qu’il n’a également jamais vue: «J’ai simplement entendu dire par mon cousin Larnicol qui était de garde avec Jarnouen, qu’une demoiselle Coupa de Loctudy avait été arrêtée.» Larnicol, alias «Gonidec», dont Faou va reprendre le pseudonyme, a été tué en opération le 14 juin 1944. Jarnouen, alias «Moreau», en fuite en Allemagne, reviendra en France.

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27/01/2018

      

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27/01/2018