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Anne-Marie TANGUY

1887-1974

Résistante déportée

                  

 Anne-Marie Bigot est née le 23 mai 1887 à Fougères. Son père est  agriculteur et marchand de chevaux. Elle se marie en 1909 avec Jean Tanguy, orphelin originaire des Côtes du Nord mais exerçant la profession d’intendant de maison de maître à Paris. Ils s’installent à Saint-Brieuc où ils achètent un café. De leur union, naît un petit garçon, Jean, en 1913, mais la guerre éclate en 1914 et Jean est mobilisé. Au fil des permissions la famille s’agrandit de deux autres enfants, mais la grippe espagnole sévit et les trois enfants décèdent en l’espace de six mois.

Anne-Marie est désespérée, elle reste seule et sans nouvelles de son mari qui est au front. Toutefois, elle est très croyante et cette foi l’aide à surmonter ces épreuves. En mai 1917, elle met au monde un quatrième enfant, Anne Paulette et en 1918, la guerre finie, Jean revient très affaibli.

Avec courage, ils se remettent au travail et reprennent l’Hôtel de Bretagne à Saint-Brieuc. Anne-Marie gère l’hôtellerie et Jean s’occupe des chevaux, de la location de voitures pour les cérémonies (mariages par exemple) et du transport des personnes de la gare à l’hôtel.

En 1929, un petit garçon, prénommé Jean vient rejoindre sa grande sœur Anne-Paulette. Le bonheur sera de courte durée car Jean, le père, décède en 1932 des suites de la guerre. Anne-Marie reste seule à diriger l’hôtel sous l’autorité d’un tuteur car, à l’époque, les femmes n’ont pas le droit de gérer les biens de la famille.

En 1935, elle vient s’installer à Rennes où elle a acheté l’hôtel du Cheval d’Or, place de la gare. La clientèle se compose surtout de représentants de commerce ou d’étudiants qui sont en pension.

Lorsque la guerre survient en 1939, elle reçoit les réfugiés du Nord de la France ainsi que de Belgique et de Hollande. En 1940, elle n’accepte pas la défaite et refuse l’occupation de notre pays par les nazis.  Aidée de sa fille Paulette, âgée de 23 ans, elles  commencent des actions de luttes contre les occupants mais ce n’est pas facile car l’hôtel est réquisitionné et deux étages sur quatre sont occupés par des officiers allemands.

L’avantage, c’est que ces militaires qui travaillent à la gare, parlent entre eux pendant les repas et les deux femmes réussissent à recueillir des informations sur les convois et à les transmettre vers Londres ou la Résistance intérieure.

Cette situation lui permet de s’impliquer à deux niveaux :

-         Espionner les Allemands et transmettre les résultats. Ainsi, dès 1943, elle entre dans le réseau Eleuthère (réseau de renseignements).

-         Son hôtel est un lieu d’accueil, dans les deux étages disponibles, pour les parachutistes ou les aviateurs alliés tombés sur le sol français, avant de les diriger vers les filières d’évasion pour regagner l’Angleterre ou l’Espagne. Elle entre ainsi dans le réseau Bordeaux-Loupiac, spécialisé dans l’évasion.

Par l’hôtel passent aussi beaucoup de responsables de la Résistance en Bretagne tels que Le Gorgeu, Fantassin, Vallée, le général Audibert, Chenailler…

Anne-Marie Tanguy accepte aussi d’employer des réfractaires au STO pour leur éviter de partir travailler en Allemagne.

         Mais le 20 avril 1944, c’est l’arrestation. Le chef de réseau, Ligonday,  vient de débarquer du train de Paris. Anne-Marie et Paulette attendent des messages de Londres concernant un parachutage. La Gestapo entre et arrête toutes les personnes présentes à l’hôtel, y compris le personnel qui sera libéré peu après. Anne-Marie et Paulette ainsi que plusieurs Résistants, arrêtés avec elles, sont incarcérés à la prison Jacques Cartier, interrogées. Elles sont déportées vers l’Allemagne par le dernier convoi parti de Rennes le 3 août 1944 (convoi qu’on appellera le Convoi de Langeais). Elles arriveront à Ravensbrück un mois après, le 4 septembre 1944.

         Elles subissent les affres et tourments de l’univers concentrationnaire mais elles ont la chance de rester ensemble et de survivre ensemble. Paulette a raconté : « J’ai eu de la chance d’avoir ma mère à mes côtés car elle avait beaucoup de courage. Elle a toujours cru à la victoire… A la fin du mois de mars 1945, nous avons été choisies pour être gazées. Ce jour-là, 180 prisonnières sont mortes. Nous, nous étions prévues pour la fournée du mardi car le lundi était férié (lundi de Pâques). Ma mère me disait que c’était un mauvais film et qu’on allait se réveiller… Effectivement, on se réveilla ce lundi-là, lorsque les Allemands nous dirent : « Vous êtes libres ». Les Françaises furent comptées et ramenées à Ravensbrück où, pendant trois jours, ils s’efforcèrent de nous rendre présentables car la Croix Rouge internationale attendait à 500 mètres du camp.»

         En mai 1945, elles rentrent toutes les deux à Rennes mais leur hôtel a été démoli en juin 1944 par un bombardement.

         Anne-Marie Tanguy a le grade de sous-lieutenant de réserve, elle est officier de la Légion d’Honneur et médaillée de la Résistance parmi d’autres décorations patriotiques. Un square dans le quartier de la Poterie à Rennes porte son nom.

 

                                               Anne-Marie Thomas-Redouté, sa petite-fille.

 

Sources, souvenirs et documents familiaux.