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- Liste des biographies

 

  Jeanne BETIN

épouse VANDEWALLE

 

Dans un livre consacré à des Résistants bretons,  sa biographie est résumée ainsi : « Jeanne Bétin (…) aurait aimé mener une vie tranquille, mais elle travaillait à la Kriegsmarine, à Rennes. Sans vraiment comprendre ce qui lui arrivait, elle s’est retrouvée, en 1943, déportée à Ravensbrück. »

         En effet, en cette période de guerre, il faut prendre le travail où il est, d’autant plus que Jany doit subvenir seule à ses besoins car sa mère est décédée en 1939. Malgré tout, elle n’est pas enthousiaste de travailler pour les Occupants.

         Son travail consiste à traiter les bons de commande de matériels pour les sous-marins allemands basés dans les ports de l’Atlantique. Elle loge alors dans un foyer avec une autre jeune fille.  Un jour, celle-ci lui présente deux hommes qui font partie de la Résistance.  Ils lui  disent qu’elle doit leur fournir des copies de tous les bons de commande qui passent entre ses mains et ils lui font  comprendre qu’elle n’a pas vraiment le choix.

         Jany  accepte. Elle n’est pas une militante  mais elle n’accepte pas que les Nazis occupent la France et tuent un grand nombre de ses compatriotes.

         D’un autre côté, elle sait qu’avec ces données, la Résistance peut localiser les sous-marins et ainsi les attaquer et les détruire. Elle sait qu’elle fait une œuvre utile pour la France, pour la libérer du joug nazi, mais elle se dit : « Je fais tuer des gens… ».  Les Résistants se posaient souvent des cas de conscience de ce genre-là… Comment tuer des gens de bon cœur ? Comment détruire des installations françaises et en être ravi ? Mais c’était la guerre !

         Le 13 septembre 1943, la Gestapo l’arrête. Interrogée, frappée, elle est envoyée à la prison Jacques Cartier où elle restera 6 mois avant de partir à Romainville.  Puis le 22 avril 1944, elle est envoyée en déportation à Ravensbrück dans les tristes wagons à bestiaux.

         Là, elle n’est plus Jeanne Bétin mais le numéro 35452. Dans son bloc, est logée une célèbre déportée qui entrera bientôt au Panthéon, Geneviève de Gaulle, la nièce du Général de Gaulle. Avec ses codétenues, elles travaillent comme de vraies bêtes de somme, à pousser les wagonnets de terre et de pierres pour assécher le marais. Elle pèse moins de 40 kilos.

         Puis elle est envoyée à Holleishen où elle travaille dans une usine d’armement. Elle fabrique des cartouches antichars dans lesquelles elle doit introduire un tube de phosphore et visser le détonateur, mais, volontairement, elle « oublie » souvent de mettre le phosphore. Là, volontairement, elle fait encore de la Résistance mais cela aurait pu lui coûter très cher si les Alliés n’étaient pas arrivés pour libérer le camp.

         Elle revient à Rennes, fatiguée, maigre, usée par le manque de nourriture et de soins, par les mauvais traitements. Son père vient la chercher à la gare mais il s’est remarié et Jany comprend très vite qu’elle ne peut pas rester chez sa belle-mère. Elle ne sait pas où aller. Heureusement, une dame la conduit chez Andrée Récipon, cette grande dame de la Résistance qui après avoir caché des réfractaires ou des parachutistes alliés dans son château de Laillé, accueille maintenant des rescapés de la guerre.

Là, elle se refait une santé, elle se repose, mange à sa faim et, comble de bonheur, y rencontre celui qui deviendra son mari, René Vandewalle qui, lui aussi a été déporté.

Jany Vandewalle-Bétin est décédée en décembre 2014.

 

                                                        Renée Thouanel-Drouillas

 

Source : Entretien avec Jany Vandewalle.