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Le dernier convoi de Rennes  dit "train de Langeais"

La caserne du Fort-Hatry de Belfort  et la

Libération de 242 prisonniers
 

                           Pour enrichir la mémoire du passé, nous recherchons des témoignages ou des documents  sur ce convoi de déportés  

 
Grand format

Arrivés le 15 août 1944, les prisonniers du convoi sont enfermés au Fort-Hatry avant d'être déportés en 3 convois.

Les prisonniers de guerre alliés sont acheminés vers le stalag XII A de Limburg avant d'être transférés au stalag VII A de Moosburg pour la plupart d'entre eux.

Charles Schlagdenhaufen, dit "Charly"241 prisonniers sont libérés  miraculeusement grâce à l'action d'un "Malgré-nous" (Un sous-officier de la Wehrmatch, alsacien d'origine, ancien officier d'artillerie française, fait prisonnier en 1940 puis réintégré dans l'armée allemande comme sergent, Charles Schlagdenhaufen, dit "Charly"). Il était au service administratif de la prison de Nantes. Il a détruit beaucoup de dossiers de détenus en les brûlant dans une chaudière. Ce qui explique que certains prisonniers, malgré des charges lourdes, se sont trouvés sur les listes des libérés. (Témoignage d'Angèle Deplantay)

(C'est le cas du groupe de résistants arrêtés à Redon: Prosper Brevet, Maryvonne Bochet, Louis Busson, Juliette et Marie Cahour, Angèle Deplantay, Alice Duchêne, Philémon Forestier..).

"Nous contemplions par la fenêtre d'immenses brasiers. Les Allemands brûlaient des tonnes d'archives, d'aucuns disaient que c'étaient nos dossiers" (Extrait du témoignage de Madeleine Allard)

 Le consul de Suède constate que beaucoup de dossiers sont incomplets. Parmi ces libérés 156 originaires de l'Ouest, les autres venant de la région de Nice.

Les autres sont déportés entre le 26 août et le 1er septembre vers les KL Natzweiler, Neuengamme et Ravensbrück

  • Le 26 août, 278 hommes partent de Belfort en direction de Natzweiler. (Convoi I-273) (65 % de l'Ouest et 35% du territoire de Belfort)

  • Le 29 août 1944, le convoi n° 453 part de Belfort avec 702 prisonniers dont 639 Français. Il arrivera au  KL Neuengamme le 1er septembre. (Matricule 43475 à 44334) (Ouest, Territoire de Belfort, Argonne, Haute-Marne, Alpes Maritimes, Var, Hautes Alpes, Gard)

  • Un transport de 188 femmes (n° 456) quitte Belfort le 1er septembre pour Sarrebrück et Ravensbrück .( dont 147 originaires de l'Ouest)

 

"dij-belfort.gif (10479 octets)Enfin le convoi arrive à Belfort. En gare, des femmes hèlent un homme occupé sur une locomotive:
"Quel jour sommes-nous?"

C'est le 15 août. Bientôt on entend les cloches sonner(cf. témoignage L.Conan)

Les prisonnières prennent le chemin d'un fort. Elles voient des Annamites de l'armée française capturés en 1940, des miliciens en uniforme qui ont changé de camp devant la situation. Il y en a un bon nombre.
Les femmes sont réparties par cinquante, se voient enfermées dans les grandes salles de la forteresse: une autre prison. certaines vont être libérées dont Mme Duthuit. Celle-ci entreprend ses compagnes.
"Nous ne pouvons rester dans la ville. ces salauds-là seraient capables de nous ramasser de nouveau. je connais un chemin qui conduit en Suisse.

Ainsi, ayant complètement échappé aux Allemands, elles pourront se considérer comme évadées.
"1

Certains restent en prison au Fort Hatry à Belfort d'où ils seront parfois libérés huit jours après sans savoir pourquoi. Roger DODIN croit connaître la raison: "C'est un officier allemand anti nazi qui nous a libéré à Belfort. . On n'avait plus de papier. Quand on a été appelé dans la nuit, j'ai cru qu'on venait me chercher pour me fusiller. On était quatre, on est parti chacun de notre côté..."

Une fois libéré, il obtient de l'argent pour son retour. Il rentre par le train sur Paris.

Roger reviendra tant bien que mal à Saint-Jacques, en coupant les lignes allemandes qui reculaient vers l'est et en rendant service aux Français, à Dijon, qui cherchaient de la nourriture.

Madeleine ALLARD 3

Nous sommes arrivées à Belfort, par une splendide matinée. C'était le 15 août et nous apprîmes peu de temps après notre arrivée, le débarquement des troupes du général de Lattre, dans le midi de la France. cela compensa le fait qu'après un mois de relative liberté, nous nous retrouvions enfermées.

En réalité, on ne nous mit pas dans une prison, mais dans une de ces énormes casernes de Belfort, qui datent au moins de Vauban. Ces casernes étaient encore occupées par quelques soldats allemands. Nous nous sommes réunies par sympathie, dans un immense dortoir.

...La nourriture était encore à cette époque abondante. Elle consistait en soupes épaisses et pain de soldat. Nous passions nos journées à circuler dans la caserne, car nous avions le droit d'aller dans la cour, pour nos besoins; cela nous permettait d'échanger des nouvelles avec les hommes. Il ne faisait pas encore froid et nous couchions par terre comme en wagon, avec nos manteaux et les couvertures, que nous avions emmenées de Rennes. Quand nous allions laver notre linge, nous rencontrions les femmes des prisons, que nous avions emmenées au passage: Angers, Tours, Dijon surtout, beaucoup de dijonnaises que nous ne devions pas quitter par la suite.

Nous contemplions par la fenêtre d'immenses brasiers. les Allemands brûlaient des tonnes d'archives, d'aucuns disaient que c'étaient des dossiers. Nous avions retrouvé nos camarades hommes de Rennes. René et Michel. Quant à Beaumanoir, terrassé par un ulcère à l'estomac, fut laissé à Tours. Je l'ai revu à la fin de la guerre, en excellente forme apparemment. Il avait été laissé pour mort à l'hôpital, mais soigné par un médecin français, il fut récupéré de justesse par la Gestapo, et emmené à Buchenwald.. Il en est revenu sur une Jeep, en avril 1945. Il a alors récupérer son identité et sa cure dans les Côtes-du-Nord.

 Une après-midi alerte. Dans ces cas là, on nous enfermait dans ces abris datant des fortifications de Vauban. Tout d'un coup nous entendîmes le fameux "Ta gueule" entendu très souvent à la prison. Nous regardâmes dans la direction des cris et nous vîmes un officier, au moins commandant, qui nous brailla quelque chose en allemand. Je n'ai jamais entendu pendant cette période un Allemand gradé ou simple soldat, qui parla autrement qu'en hurlant. D'après celles qui comprenaient bien l'allemand, il nous demandait d'être toujours dociles, moyennant quoi nous serions bien traitées. En revenant de l'abri, nous discutâmes avec un de nos gardiens, à qui nous confiâmes que tout ça c'était peu de choses, puisque de toute façon, la guerre allait finir et l'Allemagne vaincue. Il devint furieux, lui qui était si doux habituellement et qui avait un si joli sourire, qui nous le faisait mettre dans la catégorie "bon allemand-musicien-ou poète".

Il déclara très sérieusement :

"Le Fürher (geste de la main) a mis en réserve des armes secrètes, et notre pays va les sortir": La propagande était bien faite et nous n'insistâmes pas. Quelques jours après, grosse émotion, le convoi qui nous suivait, parmi lequel se trouvaient beaucoup de nos amis, fut libéré. Nous n'avons pas bien compris pourquoi:

J'ai su beaucoup plus tard dans un livre de R. Aron qu'à cette époque, Pierre Laval , qui était aussi à Belfort avant de partir pour Siegmaringen, avait obtenu des Allemands la libérations de ces prisonniers, en échange de ceux qui avaient été fait prisonniers à Paris, par les Alliés.

Ginette Lion confirme bien le passage de Pétain au fort Hatry. Lors de son passage à Belfort, il avait appris qu'il y avait des détenues. Il a demandé à les rencontrer pour leur souhaiter "Bon voyage"

 Mais sur le moment, cette libération nous parut faite sans discernement: en effet parmi nos amies se trouvaient Juliette, secrétaire de Benoit Frachon, excellente amie de la prison de Rennes et d'autres femmes considérées comme dangereuses par la Gestapo.. Parmi les hommes, Michel, René et un certain Bouvard, qui faisait partie de notre groupe de résistance et se conduisit en héros jusqu'à la fin de la guerre. Espoir follement déçu pour nous, d'une semblable libération, cela dura environ 5 ou 6 jours. Nous avions remis à Juliette des lettres pour nos familles et nous les avions embrassées avec joie et espoir. le 30 août, on nous appela et nous dit de nous préparer à partir: mais ce n'était pas la libération et non, nous réembarqua dans les wagons à bestiaux.

Angèle DEPLANTAY:

" A partir du 22 août un certain nombre de prisonniers sont libérées sans formalité.  Cela tient du miracle. Un sous-officier allemand  Schladenhanfen d'origine alsacienne libérera alors  de sa propre autorité 207 prisonniers avant de disparaître en civil. Sans doute en raison de sa connaissance du français, il faisait partie du service de la prison de Nantes, où il a rendu de nombreux services aux prisonniers.2

Le convoi est contrôlé par le consul de Suède qui trouve plusieurs dossiers de prisonniers incomplets. Dans leur précipitation, sans doute les Allemands n'avaient ils pas pris tous les dossiers en quittant la prison de Rennes. Son intervention explique peut-être le nombre important de personnes libérées?

Le 28 août," un train est encore formé et tous nos malheureux camarades  emmenés vers les camps de la mort.2" Les femmes seront dirigées  vers Ravensbrück et pour les hommes vers  Struthof puis  vers Dachau  ou Neuengamme."2

Mme Jeanne MORANDINI, domiciliée à Delle (90100) a  permis de faire passer la frontière à un groupe de libérées. A son retour de mission, la Gestapo l'arrête le 17 octobre 1944  à la frontière à Delle, puis internée à la caserne Friedrich à Belfort jusqu'au 26 octobre 1944. À cette date, elle est envoyée à Mannheim où elle est "affectée à la Schiffsmaschinenbau avec 28 autres femmes" (selon elle). Elle ne semble pas avoir été déportée au sens où nous l'entendons (détenue dans une prison ou camp de concentration), mais plutôt affectée au travail en Allemagne. Une carte de déportée résistante lui a été attribuée sous le n° 2019 25 20 1). Dossier Davcc sous la cote 21 P 600.644.

"Le 16 octobre 1944, les sœurs de Saint-Marc m'ont fait savoir qu'un groupe de personnes, échappées d'un convoi de déportées, avaient besoin qu'on les fasse passer la frontière suisse. j'ai emmené ces personnes chez moi afin qu'elles y passent la nuit. Il s'agissait de Mesdames et Mesdemoiselles: DEPLANTAY, CAHOUR, ROUAULT, LE FLOCH et DUCHENE, toutes originaires de Bretagne.

Au petit jour, nous sommes parties vers la frontière qui est située à quelques centaines de mètres de ma maison. Nous avons été rejoint par des jeunes gens qui désiraient également passer en Suisse..."

Docteur René Dubois (15 novembre 1956) . La libération des 241 prisonniers ( dont 156 de l'Ouest (52 femmes et 104 hommes), le reste étant de la région de Nice)

"Bien qu'assez isolée dans cette ancienne caserne française, nous pouvions juger du désordre dans lequel se débattaient les services allemands dont les armées étaient bousculées et de l'Ouest (Armée américaine) et du Sud (Armée française).

Des convois passaient jour et nuit sur la voie ferrée Paris-Belfort-Mulhouse, située au pied même de la caserne Hatry. le commandant de la prison, capitaine assez âgé et peu acerbe, ancien combattant  de la première guerre mondiale, souhaitait vivement réintégrer l'Allemagne avec son contingent de prisonniers. malgré ses demandes visant à ce but(nous l'apprîmes plus tard) il lui était opposé la priorité des convois militaires. l'idée d'être fait prisonnier par les troupes de libération lui était d'autant plus importune qu'il aurait à répondre de plusieurs exécutions sommaires qu'il avait laissé faire au cours du trajet Nantes-Belfort.

Charles Schlagdenhaufen, dit "Charly"Un sous-officier de la Wehrmacht, alsacien d'origine, ancien officier d'artillerie française, fait prisonnier en 1940 puis réintégré dans l'armée allemande, Charles Schlagdenhaufen, dit "Charly", maintenant décédé, originaire de Geispolsheim (Bas-Rhin) qui nous avait, pendant le séjour à Nantes et pendant le voyage, témoigné discrètement mais très effectivement de son intérêt, suggéra au capitaine commandant la prison de libérer une partie importante de ses prisonniers dont les dossiers n'avaient pas suivi les personnes. Ainsi allégé d'une part de son contingent, il lui serait plus facile d'obtenir quelques wagons pour réintégrer, avec ce qu'il lui restait de prisonniers  (plus de 1300 prisonniers), la frontière allemande. le commandant de la prison  accepta, sous couvert par un officier de la Justice militaire allemande. Charly obtint le concours de l'un d'eux qui envisagea de laisser sortir par petits paquets 207 prisonniers, mais sans décharge et sans papiers officiels de mise en liberté. le fait est si vrai que M. Nicolas, Ingénieur en chef des Ponts-et-Chaussées fut arrêté à nouveau 20 minutes après sa sortie du Fort-Hatry, par une patrouille allemande et qu'il s'en sortit que par une parfaite connaissance de la langue allemande.

Pendant le séjour  au Fort Hatry, j'avais été chargé de la visite médicale des chambrées d'Hatry. J'étais surveillé au cours d'elle par un sous-officier infirmier allemand répondant au nom de "Paul". J'obtins de faire évacuer sur l'hôpital civil de Belfort un petit nombre de prisonniers dont l'état était particulièrement précaire. j'essayais sans résultat, de l'obtenir^pour Roger Jaunasse atteint de diarrhée profuse et qui portait sur le corps les traces de sévices dont il avait fait victime à Nantes. Il était fébrile, très abattu, adynamique, déshydraté.

Jean Raymond Brabant 4

"Et puis, un matin, nous sommes arrivés à Belfort. Nous étions le 15 août. Gomment avons-nous pu supporter le voyage ? Je me le demande encore aujourd'hui : quinze jours dans des wagons, jusqu'à quatre jours et trois nuits d'affilée sans manger ni boire, et pratiquement sans dormir. Par roulement, nous nous couchions en chien de fusil sur le plancher du wagon, parmi ceux qui se tenaient debout. Nous ne pouvions rester que quelques minutes allongés à cause des chocs, des coups de frein, des accélérations, des démarrages, des arrêts de nuit et de jour. C'était terrible, cette douleur dans les épaules, les coudes, les genoux, les hanches et les chevilles en sang, à force de vouloir dormir. Nos gardiens avaient des paillasses entre les portes et se relayaient, allant se reposer dans les wagons aménagés et réservés pour eux à l'avant et à l'arrière du train.

A Belfort, nous fûmes enfermés à la caserne Hatry, à l'ouest de la ville, en face du lion que nous contemplions à longueur de journée de l'autre côté de la ville. Et puis, surprise ! Nous avions des repas que nous appelions presque normaux. Nous fûmes servis pendant notre détention dans cette caserne ! Mais je me souviens du jour de notre arrivée : on nous avait donné des boîtes de confiture de mirabelle, et je vous assure que, sans pain, malgré la faim qui nous tenaillait le ventre, il ne nous était pas possible d'en manger plus d'une ou deux cuillerées à la fois.

Le lendemain de notre arrivée, un nommé Fortuné de Saint-Pierre-Quiberon fit une telle crise d'épilepsie que les Allemands l'envoyèrent dans un hôpital en ville. Feinte ou réalité ? Je ne saurais le dire, mais à mon retour en 1945, j'appris qu'il disait s'être évadé de Belfort.

Dix jours après, le 25 août, un prêtre, qui se trouvait dans la salle à côté de celle où j'étais avec une trentaine d'autres détenus, vint nous avertir que nous allions être encore une fois envoyés ailleurs et que, si nous le voulions, il viendrait célébrer la messe avant notre départ qui était prévu dans la soirée.

Effectivement, sur le coup des deux heures de l'après-midi, rassemblement dans la cour de la caserne en colonne par cinq. Nos gardiens aussi se mirent en colonne par cinq, présentèrent les armes aux S.S. qui nous attendaient pour nous prendre en charge, et partirent. Nous voilà donc avec de nouveaux gardiens qui nous conduisirent à une voie de chemin de fer en dehors de la ville, dans la campagne où, une fois encore, nous attendaient des wagons à bestiaux. Ceci se passait donc dans le courant de l'après-midi et, sans attendre le soir, le train démarra dès que tout le monde fut monté dans les wagons qui furent fermés à clé de l'extérieur."

Madame SCHWING

"Au bout de quinze jours, nous étions tout de même arrivés à Belfort et avions l'agréable surprise d'y descendre pour une installation qui nous semblait "définitive"(tout au moins jusqu'à l'arrivée des Alliés, que nous espérions proche…)

Ces jours à Belfort, comme nous les avons regrettés par la suite…une liberté relative il est vrai dans de grandes salles plus agréables que ces cellules et de tous leurs inconvénients nous descendions pour … les besoins naturels…deux fois par jour, ce qui nous procurait souvent l'occasion d'échanger des nouvelles de la guerre avec d'autres détenus et même d'apprendre des choses importantes par es civils, en particulier par des ouvriers qui faisaient à la veille de l'arrivée des liés des travaux pour les Allemands dans la caserne…Pour ma part, je suis allée de bien nombreuses fois, par plaisir, vider les seaux hygiéniques…et ai pu rapporter des nouvelles, qui souvent étaient des bobards malheureusement comme il en existe dans toutes les prisons, mais qui ont permis cependant de remonter le moral de beaucoup d'entre nous…Madame Corre était toujours à l'affût de ce qu'il pouvait y avoir de nouveau…"Nos ne quitterons jamais cette caserne que délivrées par les Alliés " me disait-elle et elle discutait fermement avec celles qui ne pouvaient être du même avis.

Vint le jour où l'on libéra la moitié de notre convoi…on ne sait d'ailleurs pourquoi, en assurant que le lendemain ce serait noter tour…tous les Allemands étaient d'accord pour l'affirmer…Menteurs: le lendemain on nous rassembla, nous disant que ce serait pour nous envoyer en Suisse…on nous boucla dans des wagons à bestiaux…comme d'habitude, mais cette fois ce fut à clé…alors que nous avions pu traverser la France portes ouvertes.

Madame Corre réussit cette fois encore à glisser une lettre qui fut fidèlement envoyée, le jour de la libération de Belfort à son fils …auquel elle faisait comprendre que je me trouvais toujours avec elle, afin que ma famille fut prévenue. Ce sont les dernières nouvelles que les nôtres reçurent jusqu'à la fin.

Odette LAVENANT:

 "Les « Ceux de Nice, de Marseille », tout le deuxième convoi de Rennes, le convoi parti le 3 août quittèrent le fort par petits groupes, agitant leur feuille de libération, et criant « à bientôt ». Derrière les fenêtres, nous les regardions, et attendions notre tour, qui ne vint pas. 


"Le bruit se répandit du passage à Belfort de Pétain, Laval et leur suite, en route vers Sigmaringen. Une intervention aurait été faite en faveur des détenus. Un jour, de la fenêtre , Yvonne Kervarec voit des prisonniers se mettre en rang pour un départ vers l'Allemagne. Son oncle Aimé Talec en était. 

Le 20 août 1944, le Maréchal est emmené, contre son gré mais sans résistance de sa part, à Sigmaringen en Allemagne, où s'étaient réfugiés les dignitaires de son régime.

À la fin du mois d'août, le gouvernement de Vichy s'installe dans le Territoire de Belfort, le Maréchal Philippe Pétain s'installe à Morvillars et Pierre Laval , son premier ministre  à Belfort. (Source Wikipedia)

Ginette Lion confirme bien le passage de Pétain au fort Hatry. Lors de son passage à Belfort, il avait appris qu'il y avait des détenues. Il a demandé à les rencontrer pour leur souhaiter "Bon voyage"

Dans un livre de Louis Saurel : La fin de Pierre Laval ( Édition Rouff, 8 boulevard de Vaugirard Paris 15e page 52.) Je lis : « c'est ainsi qu'un jour, Pierre Laval apprend que 400 prisonniers politiques français sont détenus à Belfort dans la caserne de fort Hatry. Il intervient alors et a fait libérer 200 de ces hommes dont Jacques Médecin  futur sénateur maire de Nice. Aux autres il fait distribuer des vivres et des vêtements »  


Marie Louise TUAL: "Dès ma libération (le 27 août 1944), je regagnais à pied, avec mon amie, la Préfecture de Belfort qui nous donna un peu d'argent pour notre retour. Notre convoi, dans lequel une femme était sur le point d'accoucher, prit la direction de la Suisse par Delle."

GIROMAGNY : (Extrait du témoignage de Joseph Le Monnier)Joseph LE MONNIER, libéré à Belfort

A Belfort, nous avons été appelés un jour à passer devant un tribunal. On passait un à un. On nous demandait pourquoi nous étions prisonniers. Certains dossiers devaient être égarés. Pour moi j'ai répondu  que j'étais un otage innocent n'ayant pour crime que de m'être opposé comme adjoint à des exigences exagérées de la Kommandantur. Que j'aurais dû être libre depuis longtemps.

J'ai été libéré le lendemain matin (le 26 août) et nous avons été pris en charge par une camionnette du Secours national.

Au Secours national je me suis fait connaître comme sous délégué de l'arrondissement de Guingamp et montré mon nom sur l'annuaire de l'organisme. J'ai pu contracter un prêt d’honneur de 5000 FF. J'ai gardé 500 FF pour moi j'ai acheté du tabac que j'ai fait porter au fort Hatry et je sais qu'il a été reçu. J'ai distribué le reste aux libérés que je connaissais.

Nous avons déjeuné dans une cantine du Secours national mais en sortant j'ai été recherché par le délégué local qui m'a dit : je vais vous demander un service, vos amis bretons sont complètement fous, ils veulent retourner chez eux à pied. Ils ne pourront jamais passer les lignes des Allemands en retraite et les lignes des Américains qui les poursuivent, ils n'ont pas de papier, ils n'ont pas d'argent, et il n'y a aucun moyen de transport. Nous allons créer un centre d'accueil, ils ne veulent pas nous écouter, essayez, vous, de les persuader. J'ai accepté, et c'est ainsi que je suis allé à Giromagny en les y entraînant .

Mais le délégué de Belfort m'avait dit aussi : si vous voulez joindre un maquis je vous donnerai la filière .

C'est pourquoi quand le centre d'accueil à bien marché au bout de deux jours je suis allé à ce maquis.

3°) Le maquis du fort Lomont

 Suivant les instructions qui m’ont été données je vais avec un Guingampais Martin par le tram à Montbéliard. Nous nous présentons à un bureau de tabac comme cela nous a été recommandé. On nous dit de revenir le lendemain midi. Le soir nous  couchâmes dans un dortoir de lycée. Il y a des lits mais seulement sommiers et matelas mais pas de couvertures. Le lendemain nous retournons au bureau de tabac, on nous enferme dans une petite camionnette noire sans autre vue qu'un petit carreau derrière le chauffeur et nous partons vers le sud-est. Un arbre en travers de la route nous arrête. Le conducteur dit un mot de passe et la sentinelle armée écarte l'arbre. Un peu plus loin deuxième barrage mais celui-là est décoré de drapeaux français et cela fait un drôle de coup au cœur après n’avoir vu pendant quatre ans que des drapeaux allemands. Un peu plus loin encore, on s'arrête dans un village et le conducteur nous fait descendre. Aussitôt nous sommes entourés de maquisards menaçants mais le conducteur leur dit : ce ne sont pas des miliciens ce sont des prisonniers politiques qui se joignent à nous. L'attitude devient des plus cordiales et c'est à qui nous ornera de foulards colorés coupés dans la soie des parachutes. Nous continuons poussivement car la route monte à 800 mètres de hauteur jusqu'au village de Montecheroux. Nous sommes au maquis.

 

Ceux qui partent vers le KL Neuengamme sont ainsi 721 au moins à être rassemblés dans la cour du Fort Hatry les 28 et 29 août 1944. Après avoir été appelés par leurs noms, ils sont dirigés, à pied, vers un train constitué de wagons de marchandises à quai non loin du Fort.

 

       

 

Sources

1

Thomas et Legrand - -"39-45 Finistère" - Le Finistère dans la guerre" -Éditions de la Cité  p308

2

Témoignage d'Angèle Deplantay: Redon sous l'occupation (Mercredi 29 février 1984 Les informations Le pays

3

Madeleine Allard "Récit d'une captivité"

4

Jean-Raymond Brabant- La rafle de Sainte-Anne-des-Bois. (p 36/36) Editions "Libre Expression" dirigée par Lionel Forlot et Yannick Auffray.

       



                                                             f2gr15.gif (202 octets)  fgr15.gif (168 octets)    fd15.gif (168 octets)L'arrivée à Natzweiler-Struthof  -    Ravensbrück


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09/09/2016