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La vie à la prison Jacques Cartier de Rennes
Le dernier convoi de Rennes  dit "train de Langeais"

03/08/2015
      Pour enrichir la mémoire du passé, nous recherchons des témoignages ou des documents  sur ce convoi de déportés  

 

Madeleine Allard (Extrait de son livre écrit en 1953)

DEBUTS DE LA VIE A LA PRISON

Cette porte ne devait maintenant s'ouvrir pour nous, que 8 mois plus tard et encore pas pour la liberté . Quelques formalités de greffe, remise de notre argent ( je possédais 25 francs ) à un affable adjudant. Nos sbires disparurent définitivement, décidément très énervés. Leurs cris résonnèrent encore dans le grand hall sonore. Nous terminions nos remises d'identité, quand apparut une petite femme d'environ cinquante ans, maigre, les cheveux rares et courts, avec d'extraordinaires yeux clairs, des  yeux d'illuminée ou de sainte. Elle poussa quelques" schnell " retentissants destinés à nous intimider ou bien  à impressionner les soldats. Le soulagement d'en avoir terminé avec les mitraillettes et autres engins meurtriers, nous fit trouver suave ce langage barbare .

Avant de nous séparer ,Mère et moi ,elle demanda " Mère " ,et avant d'entendre la réponse elle nous poussa violemment dans les bras l'une de l'autre. Nous fûmes séparées aussi vite ,et elle nous enferma chacune dans une cellule à grands renfort de claquement de porte et de bruits indicible de clefs. Elle revint, à grand fracas quelques instants plus tard pour fouiller ma valise. Pendant cette opération ,j'eus le temps et le soulagement de réaliser que la cellule possédait déjà deux occupantes et que ces deux filles paraissaient sympathiques .

Pas du tout le genre, apparemment du gibier de potence que l'on trouve habituellement dans les prisons. Elles étaient jeunes : l'une petite et grosse avec de beaux cheveux noirs frisés ,et l'autre mince et blonde, le teint blafard .

Kiki ,(c'était le surnom de la gardienne ) fit le vide barométrique dans la valise , répandant tout sur le lit ,ou plutôt le grabat. J'observai à loisir mes futures compagnes et la cellule ?; celle-ci était en plein nord, donc horriblement froide ; elle faisait à peu près 3m sur 2. Destinée à l'origine à un seul prévenu ,elle possédait un sommier métallique que l'on pouvait rabattre, un autre lit en fer dit lit de soldat, une chaise solide en bois rivée au mur par une grosse chaîne et une table également rabattable ,ou étaient posées des gamelles et une boule de pain. Enfin dans un petit renfoncement ,à côté de la porte une " tinette ",qui répandait dans la cellule une odeur très particulière ,à laquelle on ne pouvait jamais s'habituer. Pourtant si le confort le plus élémentaire manquait, la cellule n' était pas sale. Tous les samedis,  grande réjouissance, on nous apportait un balai et un seau d'eau et à grands renforts de coups de balai-brosse et d'eau versée sur le plancher ,nous arrivions à obtenir une propreté relative. Les autres jours un minuscule balai dit ramasse poussière ,nous servait à rassembler les mies de pain et autres saletés. Mous nous disputions ce travail ; cela nous réchauffait ,et surtout nous occupait.

Au fond de la cellule une fenêtre en demi-lune, à deux mètres du sol ,nous amenait un jour gris et anémique de décembre. Les murs étaient couverts d'inscriptions ,que j'eus le temps de déchiffrer à loisir par la suite ;

Je vis tout cela en un coup d'œil ,mais mon attention était beaucoup plus attirée par Kiki qui pour finir me laissa à peu près tout ce que j'avais emmené à l'exception d'un crayon . Dès qu'elle fut repartit ,je demandai tout de suite à mes compagnes depuis combien de temps elles étaient là

- " Cinq mois " me répondit la grande blonde qui s'appelait Léa

- "Un mois " me dit l'autre, Claire.

Je me dis en moi-même " Heureusement que les Alliés vont bientôt débarquer, je ne resterai jamais cinq mois ici ".

Ces cinq mois de cellule expliquait la pâleur de Léa ; ils expliquaient aussi  son hypersensibilité car pour un rien, elle 'avait la larme à l'œil. Il faut dire que son père était déjà parti en Allemagne et que sa mère était à la prison dans une autre cellule.

- Savez vous pourquoi ils vous ont arrêtées ?

Me méfiant à juste raison de ces deux inconnues je répondis, d'un air innocent que je n'en savait rien, d'ailleurs que c'était la manière actuelle de la Gestapo d'arrêter ainsi des innocents, mais que bientôt convaincue de notre innocence, elle ne tarderait pas à nous délivrer.

Léa dont le père était gendarme à Dol de Bretagne, avait été arrêtée parce que les Allemands avaient trou vé dans leur jardin un revolver. Personne de la famille de Léa ne savait qui avait bien pu le mettre là ?. Quand à Claire elle se rendait chez des amis, à Brest où ses parents possédaient une quincaillerie). Les Allemands ,qui avaient placé une souricière dans cet immeuble, s'emparaient de tous ceux qui franchissaient la porte. La pauvre Claire n'en était pas encore revenue ...

 

 

En cellule, Yvonne Kervarec fait la connaissance de Mme Sébilleau, de Redon, et de Mme Duthuit, une parisienne, fille du peintre Matisse. On la soupçonnait d'espionnage, son mari étant, aux Etats-Unis, speaker de l'émission "L'Amérique en guerre vous parle". Torturée, elle a le visage meurtri, les yeux pochés, les mains enflées. Elle se ravise quand celle-ci ramasse avec ses mains le contenu de la tinette renversée par maladresse.

Sur ce récipient vidé chaque matin par des prisonnières, on trouve le pain, le fromage - le cas échéant - qui, avec la soupe aux choux et le litre d'eau, composent le ravitaillement des quatre occupantes de la cellule.

Fort heureusement, dans la semaine, elles reçoivent un colis de la Croix-Rouge et Mme Sébilleau partage généreusement les colis envoyés par ses filles. Elle recouvre la liberté en fin de juillet ( son mari sera déporté).

Hélène Forget, autre compagne d'Yvonne Kervarec, obtient, après une forte crise de nerfs, d'avoir auprès d'elle sa fille Emilie (24 ans), dite "Milou". Une gardienne allemande du nom de Hann fait montre, à l'occasion, de sentiments humains.

 

 

Une vue de la prison Jacques Cartier de Rennes

 

             

       

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