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Le dernier convoi de Rennes  dit "train de Langeais"
Le convoi s'arrête à Nantes  sous un soleil de plomb

 

Pour enrichir la mémoire du passé, nous recherchons des témoignages ou des documents  sur ce convoi de déportés  

Le convoi s'arrête dans la gare de triage de Nantes de 15 heures à 19 heures. Il fait très chaud. Les prisonniers sont ravitaillés mais souffrent de la soif.  Ils réussissent à échanger avec les cheminots. Les Américains sont à vingt-cinq kilomètres. Dans le wagon de Pierre Bourdan, un cheminot arrive à faire passer une bouteille dans laquelle se trouve une lame, un tournevis et une lime , ce qui permettra une tentative d'évasion.

Un groupe de prisonniers de la région de Nantes est embarqué dans le convoi. (27 identifiés)

Madeleine Allard  3 (1erconvoi)
"A Nantes où un Allemand nous demandait pourquoi nous étions là, "terroristes"   "terrorist" répondit-il "das ist nicht wahr", il ne le croyait pas, pourtant qu'étions-nous d'autre pour la gestapo. Partout des arrêts interminables, pendant lesquels nous descendions, pour nous soulager ou détendre nos muscles. Il faisait un temps merveilleux."

Georges Dodin (1erconvoi)

"Le voyage avait été prévu pour durer 3jours, mais tous ces incidents rallongent la durée du parcours. A Nantes, lors de la première distribution de pain, les prisonniers touchent une boule pour 3, le lendemain, une boule pour 7, le surlendemain, une boule pour 11 puis après plus rien. Mais il faut attendre que les gardiens n'aient plus rien dans leur musette personnelle pour qu'ils acceptent l'aide de la Croix-Rouge, du Secours National ou des civils en espérant recevoir quelque chose pour eux. "

Paul Héger 1(2ème convoi)

"On est arrivé à la gare de Nantes entre 3 et 5 heures de l'après-midi. Là, j'ai eu la trouille comme tous les Rennais du convoi parce que notre train s'est garé à côté d'un train de munitions qui allait vers Lorient.
Nous pensions tous à la plaine de Baud (17 juin 1940). Nous étions en plein soleil avec les avions que l'on entendait  dans le ciel , nous n'étions pas rassurés. Pendant une heure, j'ai vraiment eu peur car ces "vaches-là" nous avaient enfermés et s'étaient mis à l'abri. C'est un cheminot, qui en passant, avait vendu la mèche du train d'explosifs. Là, on a passé de sales moments. Quand le train a démarré, nous avons enfin respiré; la vie était belle." 

Joseph Abaléa (2ème convoi)

"A Nantes, le convoi reste planqué jusqu'au soir sous un soleil torride. Tous les détenus souffraient de la chaleur +38°   et de la soif. Les Allemands ont profité de cet arrêt prolongé pour barricader les fenêtres d'aération par des barbelés et cadenasser les portes. Plus de gardiens dans le wagon. La journée a été dure à supporter : position debout depuis le départ ; la chaleur ; la soif ; le manque d'aération du wagon qui ne se déplace pas. Quelques malaises apparaissent. L'énervement s'intensifie, la tension monte. Tous ces ennuis et ces souffrances nous poussent à envisager l'évasion. Encore un peu de patience et la nuit nous permettra de quitter le maudit wagon.
En effet, à la tombée de la nuit le convoi reprend sa marche"

Pierre Bourdan 2 (2ème convoi)

"Nous passâmes Redon et bifurquâmes vers Nantes. Nous y étions au matin. Vers où irions-nous maintenant ? Bordeaux ? Le long de la Loire ? Le train était à la merci des mouvements d’armées et aussi des bombardements de voies ferrées. Les Allemands luttaient à la fois contre la montre et contre le sabotage, qui se généralisait et déjouait souvent leurs calculs. Nous avions assez d’atouts en mains pour être confiants de trouver tôt ou tard, avant d’arriver en Allemagne, une porte de sortie. Aussi n’avons-nous jamais connu la détresse de tant de nos compatriotes, qui durent compter en mois et en années, alors que nous voulions compter en heures. Pour le moment, c’était une sorte de jeu, anxieux, mais assez stimulant pour nous tenir en haleine. Suivions-nous la retraite allemande ? Avions-nous déjà une destination fixe ? Nous eûmes un instant l’espoir de rester à Nantes. Mais, avec les Américains sur leurs talons, il était douteux que les Allemands pussent nous laisser dans cette espèce de cul-de-sac. Entre-temps, les avions alliés venaient en précurseurs. Nous les verrions souvent et partout sur notre route.

Le train s’arrêta d’abord sous un pont routier en parfait état. Pour voir ce qui se passait, il fallait se hisser jusqu’aux volets latéraux, qui ne laissaient pénétrer dans le wagon qu’une très faible lumière, et passer le nez par des barreaux. Les volets n’étaient ouverts, d’ailleurs, que d’un seul côté, à droite dans le sens du train. Sur le pont, des civils regardaient le train. Ils nous firent le signe V, de la main, derrière le dos de deux Allemands accoudés au parapet. Le passage de quelques avions fit, pour un temps, le vide sur le pont et dans les bouts de rues que nous voyions. Puis des gens revinrent nous faire des signes d’amitié. Nous restâmes là quelques heures sans histoire, pendant lesquelles nous fîmes plus ample connaissance avec nos compagnons.

Une question au vol à un homme d’équipe nous apprit seulement que, ce jour-là, nous n’irions pas beaucoup plus loin. De fait, après quelques heures d’attente, nous avancions de quelques kilomètres pour nous immobiliser au milieu d’un faisceau de voies. C’était la gare de triage de Nantes. Elle était encombrée de trains de marchandises il y en avait sur toutes les voies. Et, là, c’était un remue-ménage incessant d’employés de toutes catégories. Comme à chaque arrêt du train, la plupart de nos gardes descendaient, à la fois pour exercer sur nous leur surveillance plus étroite et pour se dégourdir les jambes. Les uns étaient très stricts, les autres plus indulgents, non seulement selon leur tempérament, mais aussi suivant leur pessimisme sur le sort des opérations. Tous se raidissaient également dès qu’apparaissait un supérieur. Mais, stricts ou non, il leur était impossible, au cours de longs stationnements, d’empêcher tout contact entre nous et le personnel de la gare ou de la Croix-Rouge. N’ayant rien d’autre à faire, en dépit d’interventions et d’interruptions plus ou moins brutales, nous finissions, bribe par bribe, par nouer des relations, établir des liaisons avec le personnel des chemins de fer. Ce n’était pas difficile. Nous savions déjà, par trois ans de renseignements, qu’on pouvait compter sur les cheminots et allions en avoir d’étonnantes preuves. Nous n’avions pas d’hésitation à leur révéler notre identité et à leur parler de nos projets avec une liberté totale...

...Cigarettes, provisions, vin, commencèrent tout d’abord par passer, à travers les barreaux, de ces mains amies dans les nôtres, au grand émerveillement de nos compagnons américains. Le partage se faisait en un clin d’oeil et on nous considéra bientôt comme des enfants pauvres regarderaient le Père Noël. Puis ce furent les nouvelles il y avait devant nous, au premier plan, un train de marchandises. Entre deux de ces wagons, nous apercevions le tender d’une locomotive à une voie de là. Sur ce tender que nos gardes allemands, eux, ne voyaient pas, un homme d’équipe nous fit, à la craie, en lettres énormes, mot par mot, le bulletin des nouvelles du jour. Une colonne américaine à vingt-cinq kilomètres, une autre sur Fougères, etc. Puis il ajouta, toujours à la craie "vous laisse maintenant soin faire commentaire ", en accompagnant cette notice d’un geste imitant quelqu’un qui prend le microphone. Il y avait tout chez ces hommes gentillesse, dévouement, bonne humeur et la blague arrivant exactement à point pour réconforter comme un coup de vin. Rabache, Gosset et moi nous regardâmes en souriant avec presque des larmes aux yeux. Il y avait bien de la douceur à être parmi eux et à faire cette épreuve.

Ce n’était pas tout. On nous fit bientôt savoir que, de l’autre côté de la voie, il nous suffirait de tourner l’angle d’un mur et le coin d’une usine pour trouver "des copains et des vêtements civils ". Mais pouvions-nous sortir du wagon ? Il fallait des outils et on ne pouvait "travailler "que la nuit. Il était cinq heures. On nous avait distribué une ration de nourriture — une portion de mélange de conserves, de pommes de terre et de hachis et un morceau de pain — mais nous n’avions rien bu depuis la veille. Nos amis français venaient de nous donner du vin, mais nous réclamions de l’eau, d’abord pour établir un précédent, ensuite parce qu’il y avait intérêt à faire, périodiquement, ouvrir la porte. Rabache parlementa. Nos gardes allemands acceptèrent d’entrebâiller la porte pour que nous passions nos casques à des civils qui allèrent les remplir d’eau. Mais les casques étaient vérifiés au retour. On ne pouvait y mettre que de l’eau. Nos informateurs de la gare nous avaient fait savoir que l’intention des Allemands était de filer le long de la Loire, mais que la ligne était coupée, sans appel. Les ponts de la Loire l’étaient aussi. On ne pouvait donc aller ni vers l’est ni vers le sud. Il y avait des chances pour que nous restions sur place quelque temps. Et les cheminots feraient de leur mieux pour que, si l’on rétablissait le trafic sur une voie, il fût plus difficile de trouver une locomotive "en état de marche ". Nous attendions donc sans trop d’impatience à la fois des instruments de travail et la nuit qui nous permettrait de nous en servir. A l’exception de Walter dont les yeux ne suivaient qu’une idée obsédante, les Américains étaient assez détendus, conversant de certains faits de leur pays intelligibles pour eux seuls. Mais vers le soir, tout en donnant sur les roues de notre wagon les petits coups de marteau de vérification, on nous apprit que nous allions quand même pousser "un peu plus loin " ; mais " pas beaucoup plus loin ". Il n’en restait pas moins que nous n’atteindrions pas la pleine nuit là où nous étions.

A cette nouvelle, nous nous mîmes à réclamer de l’eau avec insistance. Nos gardes refusèrent en criant "zu spät. " Mais au moment de démarrer, un homme d’équipe, risquant le tout pour le tout, nous passa très ostensiblement une bouteille d’eau limoneuse par le volet en hurlant "pas potable, seulement pour vous laver " et en accompagnant ses paroles de gestes expressifs destinés à être compris des Allemands. L’eau potable était d’ailleurs rare à cause des bombardements. Le dernier garde, qui allait regagner son serre-freins, eut une seconde d’hésitation. Mais notre homme d’équipe arborait un sourire de bonne foi stupide si convaincant que, après un haussement d’épaules, l’Allemand grimpa sans dire un mot. Le train repartit. Il était déjà en marche lorsqu’un soldat allemand sauta à bord juste en avant de notre wagon. Gosset observa qu’il portait sur l’épaule l’insigne des parachutistes qui avaient fait la campagne de Crête. Ce que nous ignorions et ne devions apprendre qu’un peu plus tard, c’est que, outre nos gardes, le train emportait maintenant une soixantaine d’officiers, de sous-officiers et de soldats allemands d’unités diverses et que cet apport allait singulièrement renforcer leur moral en même temps que leur nombre.

Pour le moment, notre premier soin c’était la bouteille. Nous en retirâmes une lame, un tournevis et une lime "La panoplie complète du parfait évadé ", comme le fit observer Rabache. Nos compagnons de route commençaient à trouver que la France était un pays de ressources et ces trois outils firent sur eux plus d’impression qu’une troisième victoire de la Marne."

Jean Raymond Brabant Extrait d'un livre édité en 1996: La rafle de Sainte-Anne-des-Bois. de Jean-Raymond Brabant-
Editions "Libre Expression" dirigée par Lionel Forlot et Yannick Auffray

"Quand le jour se leva, nous étions à l’arrêt dans une gare de triage sur une voie de garage. Des cheminots, qui passaient par-là, nous apprirent que nous étions à Houdon, près de Nantes. Le convoi resta là toute la journée du 2 août, la nuit suivante et toute la journée du lendemain 3 août, pour repartir à la tombée de la nuit. Pendant que nous étions à Houdon, le nombre de détenus avait été équilibré à soixante par wagon. L’espace entre les deux portes était réservé aux gardiens et délimité par des cordages pour empêcher les détenus d’empiéter sur cette partie.

Pendant le temps passé dans cette gare de triage, nous ne fûmes que très peu nourris, et par la Croix-Rouge biscuits, pain d’épice et de l’eau. Pour nos besoins, nous n’avions rien, nous les faisions le long des voies avec l’autorisation des gardiens. Ils étaient cinq par wagon. Depuis notre départ de Rennes, nous n’avions eu que ces quelques biscuits et quelques tranches de pain d’épice à manger.

A partir de là, mes souvenirs sont moins précis le manque de nourriture, de boisson et de sommeil nous empêchait de suivre la marche du temps. Le convoi ne roulait que la nuit, s’arrêtant sans cesse en rase."

Sources:

1

Association pour le Développement des Activités du Musée de Rennes-La Libération de Rennes -"De la drôle de guerre à la libération de Rennes" Élèves du Collège de Chartres de Bretagne -(Page 84)

2

Pierre Bourdan-"Carnet de retour avec la division Leclerc" Édition Plon 1965

3    Madeleine Allard "Récit d'une captivité"

         

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03/08/2015

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