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Le dernier convoi de Rennes  dit "train de Langeais"
La préparation du départ

Pour enrichir la mémoire du passé, nous recherchons des témoignages ou des documents  sur ce convoi de déportés  

Élie Françoise 1er convoi du  2 août 44

"Tous les soirs, nous savions les nouvelles par le gardien-chef qui les donnait du côté nord et, aussitôt la gardienne partie, on sautait vite à la porte, toutes collées pour mieux comprendre et aussitôt le téléphone marchait. Maintenant, tout le monde connaissait le téléphone de la prison où on risquait de voir une souris vous sauter à la figure et où la voix sortait comme dur, tombeau, mais que de services rendus par cet appareil De temps en temps, la Gestapo écoutait au pied du jardin, mais un "22" bien envoyé faisait taire tout le monde.

Nous avions donc su l’avance foudroyante des Alliés, et tous les jours nous attendions la délivrance. On les suivait à Avranches, Pontorson, mais le 2 août au matin un chef allemand venait prévenir dans chaque cellule celles qui partaient pour une destination inconnue. Moi, je n’avais pas eu de visite médicale, je ne devais donc pas partir... Enfin, par la fenêtre, les hommes prévenaient déjà leur femme ou leur camarade de leur départ, et M. Le Gal me prévenait aussi. Les deux camarades qui restaient avaient de la peine et se demandaient bien ce qu’on ferait d’elles. Les trois-quarts de la prison devaient partir.

Le midi, impossible de déjeuner, d’ailleurs la cuisine de la prison laissait souvent à désirer. Ce midi-là, les pommes de terre étaient aigres et pas cuites, et nous n’en avions pas souvent.

Ma pauvre valise tenait avec une ficelle et pas grand chose dedans. Nous étions si loin de cette réalité "partir!"

Vers 2 heures, le canon se mettait à tirer de plus en plus"

Les femmes  sont conduites en sous-sol pour se mettre à l'abri. A la fin du bombardement, vers 21 heures, elles refusent de retourner dans leurs cellules.

Vers 23 heures, la femme du directeur de la prison, vient les avertir qu'elles doivent se préparer à partir. Elles pensaient toutes à une   libération proche. Les Américains vont bien arriver à percer. Hélas, ceux-ci attendent l'ordre de leur État-Major pour avancer  .


Paul Héger (le 2 août) 2ème convoi  3 août 44

"Vers 18 heures ils nous firent une distribution générale de colis de la Croix-Rouge. Entre nous, nous nous disions : ils ne veulent rien garder avec eux de crainte que les Alliés n'arrivent, mais c'était pour une toute autre cause que nous apprîmes assez tard dans la nuit. Ce qui n'empêcha pas les distractions de continuer de plus belle, si bien même que l'on fit l'enterrement à Hitler qu'on enterra dans les w.c."

"Plusieurs témoins signalent la panique qui régnait chez les Allemands à ce moment là

Joseph Abaléa: 2ème convoi 3 août 44

"Une grande agitation règne dans le camp. Le grand départ semble imminent. Les gardiens pénètrent en hurlant dans les baraques. Tout le monde dehors et vite, vite, refrain bien connu. Les baraques se vident et en rang par quatre nous sommes comptés,  recomptés. Nous devinons que quelque chose ne va pas. Le compte n'est pas bon. Les gardiens fouillent les baraques, déplacent les matelas entassés et décident finalement de cesser leurs recherches. Manquait le gendarme Pétron en tenue, caché sous le toit. Ce fut le premier évadé et en douce. Un officier allemand, assisté d'un interprète nous prévient gentiment que : pour une tentative d'évasion dix prisonniers seront fusillés immédiatement"

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La prison Jacques Cartier

Paul Héger  2ème convoi"3 août 44

Finalement, ils ont commencé l'appel dans le plus grand désordre, vers 5 ou 6 heures du soir. Ça a duré très longtemps; il y avait 2000 personnes. On a quitté la prison vers minuit, à pied, par 3 ou par 5 avec un Allemand tous les quinze à vingt mètres, une mitraillette à la main
."

Mais la nuit venue, l'officier boche me fit appeler et annonça qu'il fallait préparer tous les bagages et être prêts à partir vers 22 h.30 pour une destination inconnue. Vous devez penser quelle déception ce fut pour nous, et la joie et l'espérance qui régnaient dans nos cœurs tombèrent bien vite, mais nous ne fûmes pas découragés pour autant.

Dès que je fus avisé de ce départ, je me rendis aussitôt auprès d'un camarade de notre baraque qui n'était autre qu'un officier supérieur. Je lui demandai s'il n'était pas possible de retarder ce départ par un moyen quelconque. Nous nous mîmes d'accord et voici ce qui fut convenu:

Quand les boches viendraient nous chercher pour partir, tout le monde resterait couché sauf moi et l'interprète. Ensuite nous leur demanderions par quels moyens ils voulaient nous emmener et où. Si c'était pour nous emmener par rail, nous nous refuserions catégoriquement à partir et ce parce que nous préférions mourir sur place dans notre barque plutôt que d'aller nous faire mitrailler ou tuer sur les voies. Il fut décidé également que si l'on partait à pied et si les effectifs d'escorte n'étaient pas trop nombreux, au signal d'un premier coup de sifflet (mais cette fois d'un vrai, car je m'en étais procuré un) les camarades marchant à côté du convoi pourraient sauter sur les gardiens et les maîtriser. Tout fut convenu et je me mis en action pour pouvoir atteindre tous les camarades par petits groupes et les aviser des mesures prises ou à prendre. Tous se mirent d'accord. Mais il restait une baraque voisine à prévenir des dispositions prises, il fallait donc trouver un moyen et on se mit en relations d'une fenêtre à l'autre. Le chef de baraque qui était M.G. était complètement d'accord avec nous. Il ne nous restait donc plus qu'à attendre le moment : 22 h. 30, 23 heures, 24 heures, 1 heure, 2 heures passent, mais avec quelle lenteur ; enfin 2h. 45, on frappe à la porte et je reconnais la voix du commandant. Aussitôt la porte ouverte, il s'écria: komen, komen. Vite, vite, prenez bagage et tout le monde partir. Le commandant ne me voyant pas dans l'obscurité, je me gardais bien de lui répondre et ne voyant personne s'avancer, ni bouger, il partit. Quelques minutes après, il était de retour, mais très nerveux et recommença les mêmes sommations que précédemment. Alors là, j'avançai vers lui. L'officier tenant une lampe électrique de poche à la main la braqua dans ma direction. Je répondis à sa question que nous ne partirions pas (vous connaissez les paroles convenues). Voyant qu'il ne comprenait pas, je demandai à l'interprète de lui transmettre les paroles convenues auparavant entre nous: que nous ne voulions pas partir etc... Le commandant repartit très furieux en murmurant des mots aigres-doux que nous ne comprenions pas, mais il ne nous fit pas attendre longtemps son retour. Quelques minutes plus tard il revint mais en compagnie de quatre soldats armés de mitraillettes au poing et aussitôt à ma portée braqua sa lampe électrique dans ma direction en proférant d'un ton de colère: "Tout de suite, partir; si vous ne voulez pas partir, nous tirons.". Je lui ai répondis aussi d'un ton sec que nous ne partirions pas sans savoir où et comment. Mais dans cet intervalle quelques jeunes ayant pris peur, commencèrent à se lever et à sortir un à un, puis toute la baraque a suivi et je suis resté le dernier. La même consigne ayant été donnée à l'autre baraque, elle offrit également la même résistance ce qui contribua à retarder notre départ d'autant.


       

Le mercredi 2 août, les Allemands emmenaient vers une destination inconnue les prisonniers anglais et américains du camp de la Marne. Mais dans les dépendances du camp, quelques soldats alliés réussirent à échapper de leurs gardiens. Ils furent aperçus le jeudi matin par MM Rouillard et Chenevière fils. Ce dernier n'hésita pas à couper les barbelés et neuf hommes, sept Américains et deux Anglais furent recueillis par M. Rouillard, puis répartis dans des maisons amies, malgré la surveillance exercée dans le quartier par les soldats allemands…etc

 Sources:

  • Témoignage de Joseph Abaléa

  • Paul Héger-"Arrestation de Patriotes" Les Presses Bretonnes 1947 - Saint-Brieuc

               

                           f2gr15.gif (202 octets)  fgr15.gif (168 octets)  fd15.gif (168 octets)  Enfin on sort de prison

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Ed:10/05/2015