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Le dernier convoi de Rennes  dit "train de Langeais"
La prison est bombardée

03/08/2015     
Pour enrichir la mémoire du passé, nous recherchons des témoignages ou des documents  sur ce convoi de déportés  

Les Américains sont arrêtés par une batterie de DCA à Maison Blanche, au nord de la ville. Ils bombardent la ville. A 17 heures, les obus commencent à tomber sur la ville à raison d’un toutes les trente secondes.

Thomas et Le Grand, dans leur livre "Le Finistère 39-45" retracent ces moments :

"Le bombardement de la ville continue, mais irrégulier. Les Allemands sont fatigués et affamés. Ils mangent des fruits verts. Ils ont perdu tout espoir de vaincre ou même de résister."
"A ce moment, les Américains sont aux portes de Rennes. Deux obus tombent sur la maison du gardien-chef Philippot qui appartient à l’administration pénitentiaire. Le 2 août, il prend sur lui d’ouvrir les cellules :
"Voyez, les femmes, je vous avais dit que ce serait moi qui vous libérerai."
"Il croit, pour le reste, à une intervention de la Résistance qu’il a fait prévenir.

"Le moral des Allemands est au plus bas. On les entend gueuler à l’extérieur. Mais dans la soirée, ils se reprennent. Le bruit court que les Américains, après une percée dans la ville, reviennent sur leurs positions antérieures.

Les prisonnières attendent toute la journée dans les douches, résistantes mêlées aux "droits communs détenues sur ordre des Allemands. Ceux-ci annoncent qu'elles vont être évacuées et mises à l'abri des tirs. "

Témoignage de Françoise Elie:

"Vers 2 heures, le canon se mettait à tirer de plus en plus. La prison respirait, nous ne partirions pas, les Alliés arrivaient. Les hommes savaient par le tir et le bruit que les autres étaient à moins de 10 km Les obus pleuvaient sur la prison, la maison du gardien-chef était touchée et la moitié détruite, le mur d’enceinte aussi, et enfin la grande verrière qui partageait le côté des femmes tombait à un mètre de nos cellules. Cette fois, nous étions toutes affolées en entendant, en plus du canon des bruits assourdissants. Toutes les cellules du côté femmes étaient défoncées avec les lits, les chaises. Il fallait vraiment avoir peur pour arriver à ouvrir ces portes bardées de fer. Pour ma part, j’avais bien cru que cette fois, me dernière heure était arrivée. Je m’étais allongée. Maryvonne était la plus brave de nous quatre. Nous n’osions pas encore ouvrir de force quand le gardien-chef est arrivé et nous a tiré de là. Il était temps, la cellule près de la nôtre était touchée, la verrière nous tombait sur le dos en descendant. C’était un affolement général, et nous pensions aux hommes. Les Allemands étaient derrière leur porte avec des grenades. On pensait que la bataille était sur Rennes. Les Allemands eux-mêmes étaient affolés. Erika, notre gardienne avait fait sa valise et, toute souriante, était avec nous en bas. Nous pensions qu’elle commençait à avoir peur de nous et c’était vrai. Nous avions déjà une demi-liberté et la surprise de découvrir une grosse réserve de colis de la Croix-Rouge. Les Allemands se servaient et nous aussi. Ils avaient même la galanterie de nous ouvrir des boîtes de conserve pour le repas du soir. On attendait tous — et même eux — la délivrance

Vers 21 heures, on nous dit d’aller nous coucher dans nos cellules personne n’obéissait et, après discussion, on nous installait au rez-de-chaussée où on faisait notre apprentissage d’être mélangées et étendues toutes par terre, mais nous étions si heureuses, le lendemain ce sera la liberté"

Témoignage de  Mme Schwing

. "Ce jour là, le matin, l'on vînt nous prévenir que nous devrions partir pour une destination inconnue et nous prier de préparer nos affaires…A quatre heures de l'après-midi, le canon se mit à tonner avec violence et les hommes qui devaient faire partie du même convoi que nous nous crièrent par la fenêtre " ce sont les 75 (?) qui tirent ne craignez rien, ils ne nous emmèneront pas…". Malgré le danger réel, puisque des obus commençaient à tomber tout autour de nous, nous étions délirants... et ceux qui n'ont partagé ces émotions ne peuvent comprendre. Les plâtres de nos cellules commencèrent à tomber et nous entendions dans des cellules voisines des femmes défoncer leurs portes avec des escabeaux, nous n'avions même pas cette ressource, on nous avait confisqué le nôtre comme punition…J'avais un jour (le jour de son départ) parlé à mon mari par la fenêtre et pour y parvenir était montée sur le dossier de l'escabeau en question…Enfin, une détonation plus forte que les autres, c'était la maison du gardien qui était touchée et s'effondrait en partie, encore quelques minutes, un bruit précipité, certaines femmes avaient réussi à sortir et les geôliers français (qui je dois le dire tout à leur honneur furent parfaits en cette occasion) virent nous faire sortir et nous mener dans les sous-sol de la prison qui à la rigueur pouvait servir d'abri…C'est là que je revis Madame Corre et ses autres compagnes de Saint-Brieuc, heureuses de nous retrouver et dans la joie d'une libération prochaine, car les boches nous affirmaient que nous allions être libérés quelques heures plus tard quand la canonnade aurait cessé, ils étaient fort aimables et un tantinet serviles…"Nous prisonniers bientôt" disaient-ils" Vous dire à Tommies, camarades bons avec vous?".

C'était de grandes distributions de conserves, biscuits et confitures, ces messieurs se réservaient le cognac " en usaient et abusaient" se disant "bientôt tout cela sera aussi fini pour nous…"

Pendant ce temps, dans les douches où nous nous trouvions, les conversations allaient leur train…nous faisions mille projets et j'encourageais Mémé (Mme Léonie Corre) et les Briochines à me suivre chez mon frère où il ne ferait aucune difficultés pour nous abriter, en attendant que nous puissions regagner nos foyers respectifs…quand les autorités allemandes nous ouvriraient la grande porte…Hélas : le canon cessa en effet mais à ce moment surgit un officier SS que nous avions eu la joie de ne plus apercevoir depuis longtemps. On nous avait d'ailleurs affirmé que toute la Gestapo avait fui en voitures, c'était vrai… mais elle était revenue quand la canonnade avait cessé.

Il s'adresse à nous en ces termes "Vous allez être libérées mais il est tard maintenant, la nuit et nous ne voulons pas vous laisser à cette heure, en attendant demain matin, allez dans les cellules et dormez…" Après avoir un peu récriminé pour la forme, nous avons obéi…nous tassant dans les cellules du bas, un certain nombre de celles qui se trouvaient aux étages supérieurs ayant été détruites par la canonnade…et grande fut notre stupéfaction de voir cet officier nous y boucler malgré nos protestations. Vers 4 heures du matin, une des gardiennes françaises -Madame Philippe- dont l'attitude envers nous avait été toujours extrêmement bienveillante, vient en pleurant nous réveiller et nous dire "Mes pauvres petites, ils vous emmènent…"et ils nous emmenèrent."

Angèle Deplantay:
"Dans la cellule où j'étais, nous avons défoncé la porte en bois de la cellule".

Madeleine Allard
"Par la fenêtre , arriva une série de gravats, la prison était atteinte , par hasard d'ailleurs, mais Dieu merci, personne n'habitait plus les cellules du 3ème étage qui furent atteintes. La peur donne, je pense, des forces herculéennes, la meilleure preuve en est que dans 40 ou 50 % des cellules, les prisonniers en se servant soit des lits, soit des chaises comme béliers, à ouvrir leurs portes, tout au moins à entamer le bois.. la panique était à son comble, quand nous entendîmes , après de vains efforts pour ouvrir notre porte, les clefs des gardiens et ils nous délivrèrent. Mr Phelipeaux et d'autres gardiens français. les Allemands au nombre de 25 étaient réfugiés dans les caves où l'on nous mit.
Si les hommes  avaient eu le droit ou la possibilité de sortir (ils étaient 400, même affaiblis), nous ne serions jamais allées en Allemagne . Les Allemands les empêchèrent de sortir avec des mitraillettes et nous autres femmes, nous ne pouvions pas grand chose, même contre 25 hommes armés..
M. Phelipeaux nous assura que les Américains étaient tout près de là et que nous allions être délivrés. Ils furent en effet là deux jours après.
 

Roger Dodin:
"Au moment du bombardement de la prison, plusieurs portes de cellules ont été défoncées avec des châlits en fer. Mais nous n'avons pas pu descendre, car les Allemands avaient mis en batterie une mitrailleuse. Ils tiraient dans les étages. L'eau jaillissaient des canalisations percées.. Il n'y eut pas de victimes, ni de représailles.. Tout le monde réintégra leurs cellules."

Quant à lui, Paul Héger 1 se souvient :

"Notre plus belle journée, si je puis ainsi dire, fut celle de l’après-midi du 2 août, quand tout à coup nous avons entendu le canon gronder autour de Rennes ; nous entendions les obus siffler au-dessus de la baraque, ce qui d’abord nous sembla très drôle ; nous ne savions que penser, chacun disait son mot et à la vérité personne ne savait réellement ce qui se passait car nous ne nous doutions certes pas que la chose pût se faire aussi rapidement. Mais étant curieux de nature, je me permis de demander à l’officier boche ce qui se passait ; nous n’étions pas rassurés mais il nous rassura en nous apprenant que les gros chars américains pilonnaient une batterie de D.C.A. qui se trouvait à peine à 200 mètres de nous. Je ne pourrai vous dire combien nous étions heureux de cette annonce, ce fut immédiatement des cris de joie et pourtant nous n’étions pas en sécurité, mais peu importe, nos cœurs battaient fort et nous n’avions qu’un espoir, c’était de voir venir bientôt la délivrance et la liberté. Il vous aurait fallu voir la triste figure des boches ; nous les voyions tous s’empresser de tous côtés avec des malles et des caisses préparant leur fuite. Ainsi nous sentions un peu plus de liberté et, aussitôt, nous nous mîmes à fêter cette belle journée ; d’un même cœur et d’un même élan nous chantions à plusieurs reprises notre belle Marseillaise et plusieurs autres chants patriotiques ; ensuite quelques camarades confectionnèrent un beau drapeau tricolore avec la croix de Lorraine et nous avons formé un cortège avec drapeau en tête en chantant notre hymne national. Les boches ne sont pas venus nous embêter de sitôt.

Odette Lavenant

"Ils, ce sont les anglais, qui manifestent leur présence proche le 1er août, vers 4 heures de l’après-midi. Les obus anglais pleuvent sur la prison ; par les portes défoncées à coups de pieds, de chaise, sont ouvertes en hâte par les gardiens français, tout le monde se précipite et se retrouve au sous-sol. Là, la première alerte passée, c’est le pillage des colis de la Croix-Rouge, les allemands se considérant déjà prisonniers, et nous toutes, songeant à la liberté possible, certaine même, le soir même. Les condamnés, hommes et femmes, sont libérés. Les prévenus, selon l’ordre du commandant, remontent dans les cellules, et à onze heures du soir, c’est à la faible lueur des bougies, l’appel interminable de ceux qui doivent partir… pour l’Allemagne."

 

 


Sources:
1 - Paul Héger-"Arrestation de Patriotes" Les Presses Bretonnes 1947 - Saint-Brieuc

2

Madeleine Allard "Récit d'une captivité"
  -Témoignage de Joseph Abaléa

         

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